La médecine fonctionnelle, Le microbiote, Le système endocrinien
26 décembre 2025
Si vous avez déjà lu mon article sur l’axe intestin–cerveau, vous savez à quel point la santé digestive influence l’équilibre hormonal. Ce lien est particulièrement crucial lorsqu’il s’agit des œstrogènes, car ces hormones ne se contentent pas d’être produites et utilisées par l’organisme : elles doivent aussi être métabolisées puis éliminées, ce qui en soi est un processus physiologique remarquable de l’organisme, et cela mérite une attention particulière notamment chez les personnes présentant des déséquilibres hormonaux.
Donc si vous souffrez ou pensez souffrir d’un déséquilibre hormonal et en particulier d’une hyperœstrogénie, alors cet article est fait pour vous.
En fait, on parle plutôt des œstrogènes. L’image ci-après illustre d’où viennent les œstrogènes dans le corps féminin selon les grandes étapes de la vie, et quelle forme d’œstrogène domine à chaque période.

Avant la ménopause, les ovaires sont la principale source d’œstrogènes. Ils produisent majoritairement l’estradiol (E2), la forme la plus puissante et biologiquement active, essentielle au cycle menstruel, à l’ovulation, à la santé osseuse et au métabolisme.
Après la ménopause, les ovaires cessent progressivement leur production hormonale. Les œstrogènes sont alors principalement fabriqués dans les tissus périphériques, notamment les glandes surrénales, le tissu adipeux (graisse) et la peau, à partir d’hormones précurseurs. La forme dominante devient l’estrone (E1), un œstrogène moins puissant que l’estradiol, mais néanmoins actif.
Pendant la grossesse, c’est le placenta qui prend le relais et produit principalement l’estriol (E3). Cette forme est la moins puissante des trois, mais elle joue un rôle clé dans le maintien de la grossesse et la protection des tissus maternels.
Un excès d’œstrogènes non contrebalancé par la progestérone, souvent appelé hyperœstrogénie, dominance oestrogénique, ou œstrogène non opposé, ne se manifeste pas par un seul symptôme isolé, mais par un ensemble de signaux parfois diffus, touchant un grand nombre de sphères.
| Sphère concernée | Symptômes fréquents |
| Cycle & gynécologie | Règles abondantes ou prolongées, caillots, cycles courts ou irréguliers, SPM intense, saignements intermenstruels, douleurs pelviennes, fibromes, kystes ovariens/SOPK, endométriose, infertilité fonctionnelle |
| Seins | Seins sensibles ou douloureux, mastodynies cycliques, modifications fibrokystiques, nodules bénins, démangeaisons mammaires |
| Métabolisme & composition corporelle | Prise de gras localisée (hanches, cuisses, fesses), rétention d’eau, difficulté à perdre du poids, ballonnements |
| Digestif | Constipation, transit lent, sensation de lourdeur digestive, inconfort abdominal |
| Psychique & neurologique | Anxiété, irritabilité, sautes d’humeur, pleurs faciles, brouillard mental |
| Énergie & sommeil | Fatigue chronique, sommeil léger ou non réparateur, réveils nocturnes |
| Peau & tissus | Acné hormonale (zone mâchoire), peau grasse ou inflammatoire, mélasma |
Une fois qu’ils ont joué leur rôle dans l’organisme, les œstrogènes doivent être éliminés. Ce processus se déroule en trois phases :

La phase 1 de la détoxification des œstrogènes, également appelée phase de transformation, se déroule principalement dans le foie. Durant cette étape, les œstrogènes subissent une première modification visant à les préparer aux phases ultérieures de neutralisation et d’élimination. Concrètement, le foie introduit un groupement hydroxyle (–OH) sur la molécule d’œstrogène par un processus enzymatique appelé hydroxylation. Cette transformation est comparable à une phase de pré-traitement.
Au cours de cette phase 1, les œstrogènes peuvent emprunter trois principales voies métaboliques.
La voie 2-hydroxylée (2-OH) est généralement considérée comme la plus favorable, car elle conduit à la formation de métabolites faiblement œstrogéniques, peu réactifs et associés à une activité proliférative limitée. Cette voie est souvent qualifiée de « protectrice » dans le contexte de l’équilibre hormonal.
À l’inverse, la voie 4-hydroxylée (4-OH) produit des métabolites plus réactifs sur le plan biologique. Ces composés peuvent générer du stress oxydatif et interagir avec l’ADN, ce qui explique leur association à un risque accru de processus mutagènes et de pathologies hormono-dépendantes lorsque leur élimination est insuffisante.
La voie 16-hydroxylée (16-OH) est dite proliférative, car les métabolites issus de cette voie conservent une forte affinité pour les récepteurs œstrogéniques. Ils peuvent stimuler la croissance cellulaire et sont fréquemment associés à des manifestations cliniques telles que des règles abondantes, une sensibilité mammaire accrue ou une réactivité hormonale marquée.
Un équilibre hormonal « normal » sur le papier ne garantit pas forcément une bonne tolérance hormonale. En phase 1 du métabolisme des œstrogènes, il est possible d’avoir des taux sanguins d’œstrogènes et un ratio œstrogènes/progestérone équilibrés, tout en produisant majoritairement des métabolites plus réactifs, notamment via les voies 4-OH ou 16-OH.
La capacité à métaboliser les œstrogènes varie considérablement d’une femme à l’autre, en fonction de facteurs génétiques, enzymatiques, nutritionnels et environnementaux. Identifier sa voie métabolique prédominante, par des tests comme le Dutch Test, permet ainsi de mieux évaluer un éventuel terrain d’hyperœstrogénie fonctionnelle et d’orienter les stratégies nutritionnelles et de mode de vie visant à soutenir un métabolisme hormonal optimal.


La phase 2 de la détoxification des œstrogènes, ou phase de neutralisation et de préparation à l’élimination, intervient après la phase 1 et a pour objectif principal de rendre les métabolites œstrogéniques hydrosolubles afin de faciliter leur excrétion par le foie et les reins. Un mécanisme central de cette étape est la méthylation, un processus biochimique au cours duquel les molécules d’œstrogènes sont neutralisées ce qui réduit leur potentiel prolifératif ou toxique.
La capacité de méthylation peut être influencée par plusieurs facteurs. Une carence en nutriments essentiels, tels que le folate ou la vitamine B12, peut ralentir ce processus. De plus, certaines variations génétiques peuvent modifier l’efficacité de la méthylation. Enfin, le stress chronique et d’autres facteurs environnementaux peuvent également altérer cette voie métabolique.
Un point essentiel à comprendre est qu’à ce stade, les œstrogènes n’ont pas encore été éliminés de l’organisme. Et si la phase 2 de neutralisation ne fonctionne pas correctement, alors cela augmente le risque de déséquilibre hormonal (comme le SPM), de pathologies œstrogéno-dépendantes comme les cancers hormono-dépendants, les fibromes, l’endométriose, et ce même si vous avez des taux d’œstrogènes normaux. Le problème ici n’est pas l’excès d’œstrogènes, mais sa mauvaise neutralisation lors de la phase 2.
La phase 3 de la détoxification des œstrogènes, également appelée phase d’élimination, représente l’ultime étape du métabolisme œstrogénique. Après avoir été transformés lors de la phase 1 puis neutralisés par des mécanismes de conjugaison en phase 2, les œstrogènes deviennent hydrosolubles. À ce stade, deux principales voies d’élimination sont possibles.

Une partie des œstrogènes conjugués circule dans le sang jusqu’aux reins, où ils sont filtrés et excrétés dans les urines. Une autre fraction est dirigée vers la bile, puis acheminée dans l’intestin grêle avant de rejoindre le côlon.
C’est au niveau intestinal que la santé du microbiote devient déterminante. Les bactéries intestinales impliquées dans le métabolisme des œstrogènes constituent ce que l’on appelle l’estrobolome. Leur rôle principal est de moduler l’élimination ou la réactivation des œstrogènes. En situation physiologique normale, la majorité des œstrogènes conjugués transitant dans l’intestin sont éliminés par les selles.
Toutefois, certaines bactéries produisent une enzyme spécifique, la β-glucuronidase, capable de déconjuguer ces hormones, les rendant à nouveau actives biologiquement et susceptibles d’être réabsorbées dans la circulation sanguine.
En cas de dysbiose intestinale, l’activité de la β-glucuronidase peut devenir excessive, entraînant une réactivation accrue des œstrogènes et une réabsorption disproportionnée. Ce phénomène peut contribuer au maintien de concentrations œstrogéniques élevées dans le sang, favorisant un terrain d’hyperœstrogénie fonctionnelle.
Ainsi, chez les femmes présentant à la fois des déséquilibres hormonaux et des troubles digestifs récurrents (ballonnements, gaz, constipation, diarrhée ou alternance des deux), le soutien de la santé intestinale et du microbiote peut représenter un levier thérapeutique majeur.
Pour évaluer l’efficacité de ces 3 phases, il est possible de recourir à des tests hormonaux (comme le Dutch Test), qui mesurent à la fois les niveaux circulants d’œstrogènes et leur métabolisation, ainsi qu’à des tests génétiques identifiant des variations influençant la production hormonale, la méthylation et la détoxification globale.
Le DUTCH Test (pour Dried Urine Test for Comprehensive Hormones) est un test hormonal qui permet d’analyser les œstrogènes, la progestérone, la testostérone, la DHEA, le cortisol, à partir d’échantillons d’urine séchée, recueillis à différents moments de la journée. Contrairement à une prise de sang classique, il ne se limite pas à mesurer la quantité d’hormones présentes, mais s’intéresse aussi à la manière dont le corps les transforme et les élimine. Pour les œstrogènes, par exemple, le DUTCH Test permet d’identifier quelles voies de métabolisation sont privilégiées (2-OH, 4-OH, 16-OH) et si les phases de neutralisation et d’élimination fonctionnent correctement.
Il donne ainsi une vision plus fonctionnelle de votre équilibre hormonal, en lien avec le foie, l’intestin et certains processus clés comme la méthylation, ce qui le rend particulièrement utile pour comprendre des symptômes hormonaux persistants malgré des taux sanguins « normaux ».
C’est une question qui m’est souvent posée, et c’est une très bonne question. La réponse mérite d’être nuancée et scientifique.
Dans la majorité des cas, et en particulier lorsque l’on ne connaît pas précisément son statut de détoxification ni la manière dont son organisme gère les trois phases décrites précédemment, il n’est ni nécessaire ni souhaitable de recourir à des « détox » au sens classique du terme (jus, monodiètes, cures drastiques, cures restrictives, jeûnes mal encadrés …) pour soutenir la détoxification des œstrogènes.
Les « détox » peuvent compromettre ces systèmes très efficaces qui assurent la détoxification hormonale en continu, comme le foie, les reins, les intestins et le microbiote, en réduisant les apports en nutriments essentiels aux phases 1 et 2 de la détoxification, tels que les vitamines du groupe B, certains acides aminés ou les antioxydants. Elles peuvent également augmenter le stress physiologique et la sécrétion de cortisol, ce qui perturbe l’équilibre hormonal global, et ralentir le transit intestinal, favorisant ainsi la réabsorption des œstrogènes au niveau digestif. En pratique, une « détox » inadaptée ou trop agressive risque donc paradoxalement d’aggraver un terrain d’hyperœstrogénie plutôt que de l’améliorer.
En revanche, il est parfois pertinent de soutenir les systèmes physiologiques de détoxification déjà existants lorsque ceux-ci sont effectivement surchargés ou inefficaces (cela se détecte par un tableau clinique et/ou des résultats sanguins lus par un praticien ou expert). Dans certains cas d’hyperœstrogénie, une stratégie d’accompagnement nutritionnelle et lifestyle ciblée, parfois complétée par des micronutriments spécifiques, peut être indiquée, mais toujours individualisée et non sous forme de “cure détox universelle”, et quand nécessaire, sous accompagnement médical.
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